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Par Bruno de Latour

Notre environnement foisonne de produits qui ont un point commun : leur langage composé de 0 et de 1. Ils parlent le langage numérique. Un langage qui constitue la base de la maison numérique.

Il y a quelques années encore je tapais mes textes sur ma vieille machine à écrire Underwoord (toujours dans ma cave) et chaque correction, erreurs de frappe ou modifications m’obligeaient à tout reprendre depuis le début. Aucun automatisme, aucune mémoire. Bien évidemment aucune possibilité de communiquer. Nous étions dans l’univers analogique. L’acquisition de mon premier ordinateur, le Sharp PC 1211, puis le Texas Instruments T1 994A , à la fin des années 1970 ? allaient transformer ma façon de préparer mes articles. Jusqu’au jour ou j’allais rencontrer l’Apple LISA, véritable monstre de puissance de ce début des années 80. Premier pas vers la maison numérique.

La jeune entreprise Apple faisait des premiers pas remarqués. Le chiffre d’affaires de mon activité de journaliste-reporter allait être multiplié par 3 puis par 4, tant les "couper-coller", les sauvegardes partielles, allait me permettre de relancer une série de nouveaux textes. Une sorte de génération spontanée, premier cadeau de la maison numérique. Sans compter que les disquettes souples permettaient un transport du travail écrit et une refonte du texte modifié sur place, c’est-à-dire au journal ou même à l’imprimerie. Si Antoine Blondin avait eu un tel outil pour écrire son « Singe en Hiver » dans la petite chambre au-dessus de l’imprimerie, sa vie d’écrivain talentueux aurait peut-être permis de mettre bas à de multiples chef-d’œuvre. Regret numérique. Progressivement ce langage uniquement truffé de 0 et de 1 de mes nouveaux compagnons ordinateurs allait être adopté par une série de machines nouvelles.

Ce langage composé de deux symboles, cette écriture en base 2 facilite la représentation des nombres dans les ordinateurs puisque à ces deux symboles sont associés deux niveaux différents de tension électrique. On représente ainsi tout nombre binaire par une succession de chiffres 0 et 1 appelés « bits », qui dans l’ordinateur sont représentés par une succession de niveaux haut (pour le 1) et bas (pour le 0). Les puces numériques manipulent ainsi des nombres écrits dans ce symbolisme, c’est à dire représentés par des ensembles de niveaux hauts et bas, constituant des « mots binaires ». Chaque mot binaire représente un nombre. Ainsi 1001 en binaire correspond à 9 en décimal, et 100110 à 38.

Les premiers appareils audio numériques ont fait leur apparition dans les années 90, suivi de peu par les premiers téléphones portables numériques à partir de 1992 (le mien un Ascom avec une antenne repliable de 1993 m’avait coûté 8000 francs !), puis la photo numérique et aujourd’hui la télévision numérique, premiers clients de la maison numérique. Autant de composants de cette nouvelle "maison numérique". Et ces nouvelles générations d’appareils allaient concentrer les activités des nouveaux utilisateurs : regarder la télévision, écouter de la musique, utiliser son ordinateur domestique. Un ordre qui va progressivement se renverser. Ainsi va naître un phénoménal marché : celui de la maison numérique et de sa cohorte d’équipements. De plus en plus miniaturisé, de plus en plus précis et bien sur de plus en plus puissant et performant.

Comment marche le numérique ?

Une fois transformées en numérique les grandeurs physiques (températures, son, luminosité, couleurs,.....) peuvent être traitées par des circuits numériques (encore appelés digitaux) analogues à ceux que l’on trouve dans les ordinateurs. Sous forme numérique ils peuvent être transmis sur différents supports (la ligne téléphonique, le câble, ou bien encore les fils secteur). Ces supports peuvent être connectés entre eux (via des dispositifs spéciaux) pour constituer des réseaux, réseaux qui en fin de compte peuvent être connectés au réseau des réseaux qu’est l’internet. Sous réserve d’adopter des protocoles de transmission parfaitement définis, de manière que chacun puisse reconnaître ses « données ». Ces données, ces nombres que véhiculent ces réseaux sont banalisés et peuvent aussi bien représentés des données bancaires, des textes de littérature, de la musique, de la vidéo, etc...Dans la chaîne de nombres envoyés certains permettent d’identifier et de séparer tous les messages. En fin de compte les bons nombres arrivent au bon destinataire qui doit après traitement restituer une information utilisable : des nombres décimaux, une page de caractère alphabétique, de la musique, une image, etc...Ce sont encore des « puces » spécialisées qui se chargent de cette conversion.

La famille numérique

Le développement du monde numérique associé aux programmes informatique spécifiques permet à chaque constructeur d’utiliser des composants standardisés (puces, circuits imprimés, etc.). Ainsi les téléviseurs, les magnétoscopes, appareils photo numériques bénéficient de composants dont les prix sont en chute vertigineuse.

Dans les prochains mois un nombre de plus en plus important d’appareils numériques utilisant l’internet vont pouvoir être interconnectés. Premiers parents de la maison numérique.

Les loisirs numériques

La miniaturisation des composants et leur puissance révolutionne le monde des loisirs. Ainsi peut-on transporter son piano sous le bras, jouer avec un jeu vidéo d’un réalisme étonnant grâce à la puissance vertigineuse des processeurs.

La télécommande universelle

Elles se multiplient comme les champignons après une nuit d’orage. Elles encombrent notre quotidien et nos tables basses. On les perd, on les cherche. Les télécommandes trônent dans la maison numérique. Alors on a pensé à la télécommande universelle, la « All-in-One » venue d’Amérique. Elle mémorisait beaucoup de télécommande, sauf la Bang & Olufsen.

Pour le coréen Samsung, la télécommande du système domotique HomeVITA permet à la fois le contrôle de la télévision numérique, du Home Cinéma, des haut-parleurs, de la set-top-box (illustration ci-contre).

Et demain : la ville numérique

Les laboratoires des plus importantes sociétés de communication travaillent sur la « ville numérique ». Ci-dessous la vision de la société Matsushita Electric Works, géant japonais multisectoriel.

La ville numérique transforme la ville traditionnelle tel qu’on l’a connaissait jusqu’à présent. Non seulement la navigation, les déplacements subissent l’impact des informations numériques qui arrivent dans la voiture ou dans la poche de l’automobiliste ou du piéton. Ce dernier devient à lui seul un « réseau mobile » ; Il émet des données sur sa position, et reçoit une multitude d’informations en provenance de son domicile ou de son bureau. Du jeune élève jusqu’aux retraités, le réseau de la ville numérique tisse son lien entre les populations. Plus rapide, plus efficace l’information numérique va sauver des vies, éviter des accidents, prévenir d’un fléau une population qui sous le règne de l’analogique n’aurait pu réagir à temps.

Le monde du numérique n’a pas fini de nous surprendre. Soyons attentif et vigileant.

Bruno de Latour

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